Avant de présenter les grammaires ou autres cours que j'ai pu glâner de ci de là, il serait assez utile de rappeler ou d'expliquer certaines notions qui sont susceptibles de poser problème. Notamment quand on n'est pas très versé côté langue.
Commençons d'abord par une notion qui se retrouve dans un nombre conséquent de langues (anciennes et modernes) : LA DECLINAISON ! Je sens que je vais réveiller pour certains de très mauvais souvenirs ! Ce n'est pas quelque chose d'insurmontable bien au contraire ! J'irais jusquà dire que c'est un outil fantastique qui permet de ne "jamais" se tromper et autorise des licences d'expression que l'on ne retrouve pas dans les langues dites spatiales comme le français. Qu'est-ce qu'une déclinaisons appelée parfois flexion) ? C'est un "poteau indicateur" de la fonction d'un mot ou d'un groupe de mot dans la phrase. C'est tout ! Au lieu de dire le sujet est en tête de phrase puis vient le verbe puis le complément d'objet direct et sa cohorte d'adjectif, on décide de dire : on se fout de la place qu'aura le mot puisqu'on va lui attribuer un repère qui nous dira ce qu'il est ! Après c'est sûr cela exige une petite gymnastique mentale, mais au moins on dispose de panneau ! Voici quelques déclinaisons les plus courantes et leur signification en termes simples :
Nominatif : terme barbare qui ne signifie rien d'autre qu'un mot sans fonction spéciale comme il est présenté dans un dictionnaire ou si le mot est un sujet. Un tout petit peu plus difficile : on utilise ce cas également après les verbes d'état (être, rester, devenir, sembler, paraître).
Vocatif : toujours aussi barbare, ce cas ne sert qu'à héler quelqu'un (ex : hé ! Pierre !) ou aux invocations (ex : Ô tristesse ! Ô vieillesse ennemie !)
Accusatif : les grammairiens sont sans aucun doute des barbares ! Ce cas s'emploi pour le complément d'objet direct. C'est à dire pour tous les mots qui subissent directement une action sans intercaler une préposition. (pour : manger un gâteau, appeler quelqu'un, boire un verre, conduire une voiture, etc ; mais pas pour : aller en ville, s'inscrire à un concours, avertir d'un danger, faillir à ses devoirs, déroger à la règle, etc).
Datif : vous supportez toujours ? vous avez de la chance ! Cette horreur n'a d'autre but que d'indiquer à qui l'on donne / attribue quelque chose. ex : je donne la pomme à Pierre ; C'est à qui ? C'est à moi ! ; Les psychologues soumettent le test à tous les candidats présents (le test est à l'accusatif et les psychologues au nominatif ^_^) ; Tu me le donnes ? (à qui ? à moi donc "me" datif, donner quoi ? le donc accusatif) Non je te le prête seulement.
Instrumental : (de torture ! et encore ...) indique juste qu'une action est faite avec quelque chose. Ex : tu viens avec moi ? ; j'écris au stylo plume (sous entendu avec un stylo plume) ; tu vas couper le bois avec une scie ou une tronçonneuse ? ; Ne te blesse pas avec le couteau ! ; Cependant les expressions comme avec surprise, avec empressement, avec bienveillance, etc ne sont pas considérées comme de l'instrumentale puisqu'elles caractérisent l'état d'esprit dans lequel se réalise une action et ce qu'on utilise pour faire cette action.
Génitif : (le plus triste c'est qu'il y en a plein d'autres comme ça) lui, il sert au complément du nom - ça ne vous avance pas plus ? pas étonnant ! Le génitif est utilisé pour exprimer l'appartenance à quelqu'un / quelque chose. Ex : l'os du chien ; le chat de la vieille dame ; le frère de ma mère ; la porte de la maison ; la politique du président ; etc.
Ablatif : (là on ne rigole plus !) C'est un cas un peu moins évident que les précédents. En latin il traduit le lieu d'où l'on vient (je reviens de la ville ; je viens de France, etc). Mais il a aussi d'autres applications subséquentes à se sens : la traduction de l'acteur/agent dans une phrase passive (le voleur est arrêté par les policiers ; Il a été critiqué par tous ; etc). Si donc l'ablatif exprime l'origine d'une chose ou d'une autre, il peut aussi servir à tranformer toute une phrase en complément circonstanciel qui introduira une autre proposition. Ex : Quand tout fut fait, nous partîmes sans plus attendre ; Sitôt mon frère arrivé, mon mari quitta la maison ; Une fois fait, nous n'aurons plus à le refaire ; etc. C'est ce qu'on appelle en latin un "ablatif absolu". Absolu par tous les termes de la phrase complément circonstanciel (de temps, de lieu, de cause ...) sont à l'ablatif.
C'est tout pour les déclinaisons, mais il y en a bien d'autres suivant les langues. En fait on peut trouver une déclinaison pour pratiquement chacun des cas grammaticaux possibles dans une phrase. A ma connaissance, la langue qui en a le plus (23 cas) est le hongrois ! Quoiqu'il en soit il ne faut pas se décourager pour si peu. Les déclinaisons sont un jeu de marquage ou de balisage rien de plus !
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Pourtant il ne faut confondre les déclinaisons avec un autre outil linguistique : les mutations ! Elles se rencontrent davantage des les langues celtes (breton, gallois, cornic, gaëllique, etc) et peuvent être confondues avec des déclinaisons par les non-initiés car on observe des changements de lettres à l'initiale du mot. Afin d'être plus clair j'utiliserai l'exemple du breton que je connais bien mieux que les autres langues celtes.
Les mutations servent évidemment de marqueurs au même titre que les déclinaisons, seulement elles ne portent pas sur les cas syntaxiques d'une phrase quelconque. Elles portent sur le genre et le nombre (sexe et quantité) d'un mot, sur la fonction grammaticale introduite par une préposition, ce qui signifie que la mutation va changer selon le cas qu'une même préposition va vouloir rendre. Il y a donc une utilité d'économie sémantique absolument fantastique dans une langue de tradition orale comme le breton où les élisions sont fréquentes, mais sans rien perdre du sens grâce aux mutations. Ces outils sont également fort utiles pour la fluidité de l'oral, primordial en breton. Avec un peu de pratique et de connaissance on découvre que sans les mutations des pans entiers de phrases seraient réduits à une bouillabaisse inmangeable en matière de prononciation ! Illustration par le tableau suivant que je vais expliquer et agrémenter d'exemples.

L'article breton est soit défini "ar" et se change en "an" si le mot qui suit commence par les lettres "n", "d", "t" ou "a, e, i, o, u" ; il se change en "al" si la lettre initiale du mot qui suit est un "l". A noter une particularité : En français "les si n'aiment pas les -rais", en breton les "ar n'aiment pas les k-" ; aussi dans le cas où l'initiale du mot qui suit est un "k" et est masculin singulier il changera en "c'h" (équivalent de la jota espagnole et du Ich-laut allemand mais en plus flexible selon sa position), et en "g" si le mot est féminin singulier. Exmples : ar mab (le fils), ar mor (la mer), ar roc'h, ar pemoc'h (le cochon) ; an ti (la maison), an heol (le soleil), an douar (la terre, le sol), an ilis (l'église) ; al louarn (le renard), al lezenn (la loi) ; Ki (chien) > ar c'hi (le chien), Kelennerez (professeur féminin) > ar gelennerez (la professeur). Ils traduisent tous le, la, les
Soit indéfini : ur, un, ul (la règle de l'initiale du mot qui suit est la même que celle de l'article défini). Il signifie un, une.
Dans le tableau la colonne en vert présente toutes les lettres initiales susceptibles de subir un changement. En couleur saumon, les changements de ces mêmes lettres selon le groupe de mutation.
La colonne violette est attribuée à la mutation douce de l'article (que celui-ci soit défini ou indéfini). On remarquera qu'il n'y a qu'une différence entre la mutation douce provoquée par autre chose qu'un article et la mutation douce procovoquée par l'article. Il s'agit de la lettre "d" qui ne mute pas en "z" dans le cas de la mutation de l'article. Exemple : la danse en breton est féminin, et se dit "dañs" avec l'article on a "ar dañs" et pas "ar zañs" ; cependant pour dire qu'une personne danse bien on aura "mignonez ma breur a zañs mat". "Mignonez" c'est l'amie, "ma breur" mon frère, "a" est une particule qui indique dans le cadre d'une conjugaison si le mot antécédent est sujet (la phrase bretonne est aussi souple que la phrase latine) sinon ce sera "e" qui aura une mutation spécifique. Je grossis volontairement les traits de la conjugaison bretonne qui n'a rien à voir avec le système latin, mais ce n'est pas le sujet ici. Dans la colonne verte il y le "ch" (du mont chat ou chien) qui devient dans la mutation douce "j". Curieusement s'il s'entend à l'oral, il n'est pas écrit !!! Je vais montrer quelques exemples pratiques de la mutation douce de l'article :
- masculin singulier : ar/ur mignon (l'/un ami), ar c'hazh (kazh - chat) - masculin pluriel : ar / ur vignoned (l'/un ami), ar c'hizhier (kizhier)
- Feminin singulier : ar verc'h (merc'h - fille), ar gelennerez (kelennerez - enseignante) - Feminin pluriel : ar merc'hed, ar c'helennerezed.
Ce sont les cas les plus difficiles de la mutation du breton. Quand je difficile c'est juste au moment de l'approche, après ça vient vraiment tout seul, tant qu'on a les règles en tête. Une dernière chose concernant la mutation de l'article : elle ne vaut que pour les noms féminins singuliers et les noms de personnes au masculin pluriel ! Juste comme dans les exemples ci-dessus ! Et c'est pour cette raison que le mot chat au pluriel ne prend pas de "g" à l'initiale, parce que ce n'est pas une personne, même s'il est masculin pluriel ! D'où la mutation classique du "k" en "c'h".
Le reste des mutations est facile à appliquer puisqu'il suffit de connaître quel mot précède un autre et s'il est régit par une mutation spécifique, puis de l'appliquer ! Dans des cas comme les adjectifs possessifs "e" (posseur masculin, équivalent à his en anglais ou sein en allemand) et "he" (posseur féminin, équivalent à her en anglais ou ihr en allemand) se prononçant tous les deux exactement de la même façon, la mutation ne nous laisse aucun doute sur le possesseur, puisque le premier est suivi de la mutation douce et le second de la mutation spirante : Tad (père) > e dad ; he zad.
Comme vous l'avez pu constater ce sont des outils complètement différents des déclinaisons mais qui ont leur utilité ! Amusez-vous bien !
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